Accueil / Le yoga / Le YOGA : une philosophie de la pratique

Il est difficile de « parler » du yoga car c’est avant tout, on va le voir une pratique et une philosophie de cette pratique. On peut lire autant de livres que l’on veut sur les techniques ou les bienfaits de la natation, tant que l’on n’aura pas plongé son corps dans l’eau, on n’a aucune chance d’apprendre à nager.
Pour le yoga c’est la même chose : c’est une expérience singulière, pour en connaître la saveur il faut s’y plonger, il faut y goûter.

Les origines du yoga

Yug en sanscrit : l’étymologie du mot yoga signifie unir, rassembler ; il s’agit de mettre en harmonie, le corps, le souffle, le mental et les sens pour être en paix.

Il est difficile de dater avec précision les origines du yoga . On sait qu’il débute en Inde : les premiers textes dont on dispose ont près de 3000 ans (les Upanishads, VIIe siècle avant Jésus-Christ) et on a retrouvé en Inde des statues vieilles de 5000 ans montrant des personnages en posture de méditation.

C’est le dieu Shiva dit-on qui aurait trouvé les étapes successives pour contrôler son esprit et atteindre le nirvana, la paix intérieure, la félicité absolue.
Simple gymnastique, hygiène de vie, thérapie ou exercices spirituels pour se « libérer » des conditionnements de l’existence : la pratique du yoga reste aujourd’hui encore étroitement lié à la vie quotidienne indienne .

Les objectifs du yoga 

L’objectif du yoga est l’arrêt des activités automatiques du mental.

On fait un geste, on dit quelque chose, mais on pense à autre chose : on est dispersé. 

On est pétri de peurs, d’interdits, d’idées toutes faites, d’ images mentales qui s’enracinent dans le passé : ces conditionnements faussent notre représentation du réel, entravent notre action présente et engendrent de la souffrance.

L’objectif du yoga est à la fois de sortir de la dispersion et de faire le ménage dans nos habitudes physiques et mentales : de nous libérer disent les textes classiques « des graines du passé », afin d’interrompre l’enchaînement des pensées et des actions pour y voir plus clair et coller au réel.

Les moyens 

Le chemin qui peut nous permettre de sortir de nos conditionnements et de retrouver une certaine liberté de pensée et d’action, est balisé par des textes anciens qui nous servent de référence. Nous nous appuierons ici sur les Yogas-Sûtra de Patanjali .

L’auteur, Patanjali, nous dit que pour ne pas perdre » le fil du yoga » il faut agir dans plusieurs directions : adopter une éthique de vie envers les autres, adopter une éthique de vie envers soi-même, introduire dans sa vie quotidienne un travail sur le corps (asana), un travail sur la respiration (prânâyâma) et un travail sur le mental (dhyana). Alors les conditions seront réunies pour qu’advienne, peut-être, un état de paix intérieure.

En Occident, les postures (asana) sont l’aspect le plus connu du yoga mais elles ne sont pas une fin en soi.

« Nous mettons notre corps dans différentes positions : debout, couché, inversé, assis. Nous alignons, nous étirons, nous déroulons ou nous enroulons la colonne, nous pouvons intervenir sur l’alignement vertébral en introduisant une flexion latérale ou une torsion. Les effets obtenus stimulent, apaisent et dans tous les cas régulent notre énergie » [1]

Les séries de postures fortifient le corps, augmentent la souplesse et l’endurance et régulent le tonus. Elles améliorent les fonctions métaboliques (la fonction digestive en particulier), elles permettent de corriger les douleurs physiques (mal au dos) et elles produisent un sentiment de détente.

On prépare le corps par des mouvements dynamiques , il se détend millimètre par millimètre, s’installe progressivement dans la position, jusqu’à la suspension durable et totale de tout mouvement. [2] On est alors, seulement à ce moment-là, dans asana.

Dans asana, le seul mouvement est respiratoire. La respiration (prânâyâma) permet, accentue et prolonge les effets de asana.

Lorsque les enchaînements posturaux ont été bien pratiqués, on entre en relation intime avec le flot de l’air qui entre et qui sort. On peut alors utiliser les moyens classiques pour allonger, restreindre ou suspendre la respiration. On s’achemine à un moment donné, vers une suspension naturelle de la respiration qui correspond à une stabilisation des mouvements du mental.

On est alors dans le prânâyâma , c’est-à-dire dans « la non dispersion du prâna , de l’énergie de vie ».

Lorsqu’ asana et prânâyâma ont rempli leurs fonctions, alors nous sommes prêts pour dhyana, la méditation.

« Asana suspend les mouvements du corps. Prânâyâma suspend les mouvements de la respiration. Dhyana suspend les mouvements du mental. Les trois sont inséparables » [3]

Dans l’état de méditation nous nous mettons en état de vigilance, de réceptivité des choses, sans que le réel soit corrigé, opacifié, reformaté par notre égo ou par les « graines du passé ». Le monde n’a pas changé, c’est seulement le regard que l’on porte sur lui qui est transformé : nous sommes désormais capable de voir et d’admettre « ce qui est ».

Christine DEGUINE, novembre 2011.

Bouddha Palatina
notes:

[1Gérard BLITZ, YOGA. La règle du jeu. Réédition de l’ARY 2011, page 6.

[2Gérard Blitz Op. Cit. p 7

[3Idem p. 5